Les spectacles

Voyage au bout de la nuit

« Dans ce métier d’être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge. » Il fallait une langue nouvelle, puissante, compacte, éructante, précise et raffinée pour rendre compte de l’horreur de la guerre de 14. Louis-Ferdinand Céline l’a inventée pour décrire le parcours de Bardamu, des tranchées à la banlieue en passant par quelques colonies africaines. L’adaptation de cette peinture expressionniste d’un début de siècle fracassant dans tout son enfer s’est concentrée sur les premiers chapitres narrant la vie du soldat délaissant un jour la place Clichy pour embarquer dans l’absurdité de la guerre.
Chapeau melon vissé sur la tête, costume trois pièces, cigarette roulée au coin des lèvres, Hélène Firla fait surgir la voix de Bardamu qui à vingt ans « n’avait plus que du passé ». Elle cisèle cette sublime logorrhée et nous entraîne au cœur de la violence des tranchées convoquant tous les sens : la vue, l’ouïe et l’odorat avec le tabac qu’elle roule et fume.
« Le livre de Louis-Ferdinand Céline est un long cri qui n’a pas ni d’ébranler les hommes » a écrit Charles Plisnier en 1932. Plus de quatre-vingt cinq ans plus tard, la prévision s’avère juste.


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